L’astuce des pros pour percer un carrelage sans le casser

Percer un carrelage, c’est souvent le moment où l’on se dit : « Si je me loupe, je suis bon pour remplacer un carreau… et refaire les joints ». Entre l’éclat en surface, la fissure qui part en étoile ou le carreau qui se décolle, la marge d’erreur paraît minuscule. Pourtant, les pros percent du carrelage tous les jours pour poser une étagère, une paroi de douche, un meuble suspendu ou un miroir, et ils obtiennent un trou net, sans casse.
Leur secret ne tient pas à un outil magique hors de prix : c’est une combinaison de préparation, de bon foret, d’un geste précis… et d’une astuce simple qui change tout. Voici la méthode fiable, reproductible, et adaptée à la plupart des carrelages muraux et de sol.
Comprendre pourquoi un carrelage casse au perçage
Avant de sortir la perceuse, il faut comprendre l’ennemi. Le carrelage est dur, mais cassant. Il supporte bien la compression, beaucoup moins les chocs et les vibrations. Les casses les plus fréquentes viennent de :
- Un foret inadapté (béton classique, métal, bois) qui « tape » et choque l’émail.
- Le mode percussion activé trop tôt ou par erreur.
- Une vitesse trop élevée qui chauffe, fait patiner et micro-fissure l’émail.
- Un démarrage sans guidage : la mèche ripe, griffe la surface, puis accroche brutalement.
- Un carreau mal collé ou un support creux : la vibration se répercute et la fissure apparaît.
La bonne méthode vise donc à éliminer le choc, limiter la vibration et maîtriser la montée en vitesse.
L’astuce des pros : créer un « siège » au foret pour éviter qu’il ripe
L’astuce la plus efficace, utilisée sur chantier, consiste à bloquer le foret au démarrage en lui créant un point d’accroche. Le plus simple (et le plus propre) : croiser deux bandes d’adhésif (type ruban de masquage ou chatterton) sur la zone, puis marquer le centre au pointeau… mais sans frapper fort.
Concrètement, le ruban augmente l’adhérence et limite les micro-éclats en surface, et le petit marquage au centre empêche la mèche de « danser » sur l’émail. Résultat : le perçage démarre net, sans ripage, donc sans rayure ni éclat.
Si vous n’avez pas de pointeau, une alternative pro consiste à démarrer le perçage en tenant la perceuse à 45° pour « griffer » très légèrement l’émail, puis à revenir doucement à 90° une fois le foret stabilisé. Mais le duo adhésif + marquage léger reste le plus simple.
Le matériel recommandé (et ceux à éviter)
Les forets qui marchent vraiment
- Foret spécial carrelage au carbure de tungstène (pointe en forme de lance) : idéal pour carrelage mural, faïence, grès cérame pas trop épais.
- Foret diamant (couronne diamantée ou foret diamant) : incontournable pour grès cérame dur, carrelage de sol épais, et surtout pour les trous de gros diamètre (passage de tuyau, robinetterie).
À éviter
- Foret béton standard utilisé directement sur l’émail.
- Percussion dès le départ.
- Mèches émoussées : un foret fatigué chauffe, force, et augmente le risque de casse.
La perceuse idéale
Une perceuse/visseuse à vitesse variable suffit. Le point crucial : pouvoir démarrer lentement. Une perceuse à percussion peut convenir, à condition de laisser la percussion désactivée pour traverser le carrelage.
La méthode pas à pas pour percer sans casser
1) Repérer et sécuriser l’emplacement
Mesurez, vérifiez l’alignement, puis contrôlez si vous risquez de tomber sur un câble ou un tuyau. En salle de bain et cuisine, c’est fréquent. Un détecteur de matériaux peut aider, mais ne garantit pas tout : fiez-vous aussi à la logique des réseaux (arrivées d’eau, prises, points lumineux).
2) Poser l’adhésif
Collez une bande de ruban de masquage, puis une seconde en croix. Tracez votre repère au crayon sur l’adhésif. Cette étape réduit les éclats et surtout limite le ripage au démarrage.
3) Marquer le centre (très léger)
Avec un pointeau, un clou fin ou même la pointe d’un vieux foret, faites un marquage sans frapper comme un forcené. Il s’agit de créer une micro-empreinte, pas de fissurer l’émail. Sur du grès cérame très dur, vous pouvez sauter cette étape et compter sur l’adhésif + un démarrage ultra lent.
4) Démarrer lentement, sans percussion
Placez la perceuse bien perpendiculaire (ou démarrez à 45° si vous maîtrisez la technique), puis lancez à vitesse minimale. L’objectif est de traverser l’émail en douceur. C’est la phase la plus délicate : une fois l’émail passé, tout devient plus stable.
5) Refroidir et évacuer la poussière
Sur carrelage dur, la chauffe est un vrai problème. Les pros refroidissent souvent :
- avec une éponge humide appliquée autour de la zone,
- ou en ajoutant quelques gouttes d’eau pendant le perçage (surtout avec diamant).
Ne noyez pas la perceuse : l’idée est de refroidir le foret, pas de travailler dans une flaque. Faites des pauses courtes pour laisser respirer l’outil.
6) Traverser le carreau, puis adapter au support
Une fois le carrelage traversé, vous arrivez dans la colle et le support (placo, brique, béton). C’est ici que beaucoup se trompent :
- Si le support est placo : gardez une vitesse modérée, et prévoyez une cheville adaptée (Molly, cheville métallique, etc.).
- Si le support est béton : vous pouvez activer la percussion seulement après avoir traversé le carreau et remplacer par un foret béton si nécessaire.
- Si le support est brique creuse : perçage sans trop forcer, cheville adaptée (nylon longue, chimique selon charge).
Astuce : si vous devez changer de foret après le carrelage, faites-le proprement, sans agrandir inutilement le trou dans le carreau.
Cas particuliers : grès cérame, carrelage grand format, trous larges
Grès cérame (le plus casse-tête)
Le grès cérame est très dense et très dur. Ici, le foret « lance » peut fonctionner sur de petits diamètres, mais le plus sûr reste le diamant. Travaillez lentement, avec refroidissement, et sans pression excessive. Si ça ne perce pas, ce n’est pas en appuyant plus fort que ça ira : c’est souvent le signe d’un foret usé ou inadapté.
Trou de gros diamètre (robinet, évacuation, prises)
Utilisez une couronne diamantée au bon diamètre. L’astuce pro consiste à :
- fixer un gabarit (ou une chute de bois percée au bon diamètre) avec du ruban pour guider la couronne,
- démarrer légèrement en biais pour « mordre », puis revenir droit,
- refroidir régulièrement.
Les erreurs qui font casser un carreau (même avec un bon foret)
- Appuyer trop fort : laissez le foret travailler.
- Aller trop vite : la vitesse élevée fait chauffer et glisser.
- Percer trop près d’un bord : gardez idéalement 2 à 3 cm du bord du carreau si possible.
- Travailler sur un carreau qui sonne creux : risque de fissure. Si c’est le cas, percez encore plus doucement et évitez toute percussion.
Dernier conseil de pro : soigner la fixation autant que le trou
Un trou réussi, c’est bien. Une fixation qui tient dans le temps, c’est mieux. Choisissez vos chevilles selon le support et la charge, et évitez de serrer comme si vous montiez une charpente : un serrage excessif peut créer une contrainte et fissurer le carreau, surtout sur une pièce fragile.
En résumé, pour percer un carrelage sans le casser, retenez cette règle simple : guidage + lenteur + bon foret. Et l’astuce des pros — adhésif en croix + marquage léger — vous évite le scénario classique du foret qui ripe et de l’émail qui éclate. Avec ça, vous pouvez attaquer votre mur carrelé (ou votre sol) avec beaucoup plus de sérénité.





