Cette erreur courante fissure les joints de carrelage

Cette erreur courante fissure les joints de carrelage

Le support qui bouge

Vous avez refait votre salle de bains, tout semblait impeccable… puis quelques semaines ou quelques mois plus tard, des microfissures apparaissent dans les joints. Au début, c’est discret : une ligne grise, un joint qui s’effrite au coin de la douche, une fine craquelure le long d’une plinthe. Et très vite, l’eau s’infiltre, les joints noircissent, et vous vous demandez si le carrelage est en train de se décoller.

Dans la grande majorité des cas, ce n’est pas “un mauvais joint” au départ. C’est une erreur de préparation (ou de conception) : poser le carrelage sur un support qui bouge, puis réaliser des joints rigides comme si le support était stable. Résultat : le joint encaisse les mouvements, et il finit par fissurer.

Pourquoi un joint de carrelage fissure (et pourquoi ce n’est pas anodin)

Un joint ciment ou époxy n’est pas fait pour absorber des contraintes de structure. Il sert à combler l’espace entre les carreaux, à assurer une finition, et à limiter la pénétration de l’eau en surface. Mais quand le support travaille (flexion, vibration, dilatation), ce sont les zones les plus faibles qui lâchent en premier : les joints, puis parfois les carreaux.

Dans une salle de bains, les conditions aggravent le problème :

  • variations de température (douche chaude, sol plus froid),
  • humidité fréquente,
  • zones sensibles autour du receveur, de la baignoire, des angles et des seuils,
  • supports mixtes (plaque de plâtre, ancien carrelage, chape, panneaux bois).
joint de carrelage craquelé

L’erreur n°1 : carreler sur un support flexible sans le traiter

Le scénario classique : on pose du carrelage mural ou au sol sur un support “à peu près correct” — plaque de plâtre standard, ancien carrelage mal préparé, plancher bois, ragréage trop fin, chape récente insuffisamment sèche. Sur le moment, tout tient. Puis le support bouge légèrement : un plancher qui fléchit quand on marche, une cloison qui vibre quand on ferme une porte, une chape qui se rétracte en séchant. Les carreaux résistent… jusqu’à ce que les joints fissurent.

Les supports les plus souvent en cause en salle de bains

  • Plancher bois (OSB, aggloméré, parquet recouvert) : même bien vissé, ça travaille. La moindre flexion se répercute dans les joints.
  • Ancien carrelage : si un carreau sonne creux ou si l’ancien support est déjà fissuré, vous “emprisonnez” le défaut sous le nouveau revêtement.
  • Placoplâtre standard en zone humide : trop fragile si l’eau s’infiltre par un joint fissuré. La plaque se déforme, et la fissure s’agrandit.
  • Chape/ragréage récent : retrait et microfissuration durant le séchage, surtout si on carrele trop tôt.

Le signe qui ne trompe pas

Si les fissures reviennent toujours aux mêmes endroits (angles, jonction mur/sol, pourtour de baignoire, seuil de douche, ligne de jonction entre deux supports), c’est presque toujours un problème de mouvement, pas un simple “joint mal fait”.

L’erreur n°2 (souvent associée) : oublier les joints de mouvement et faire des angles “au ciment”

Dans une salle de bains, certaines zones ne doivent pas être jointoyées avec un mortier joint rigide :

  • Angle mur/mur
  • Jonction mur/sol
  • Pourtour d’un receveur, d’une baignoire, d’un plan vasque

Ces liaisons doivent rester capables d’absorber les micro-mouvements. Si vous les remplissez au joint ciment “comme le reste”, vous créez une zone de rupture programmée. On utilise alors un mastic sanitaire (souvent silicone) ou un système de profilé adapté, selon la configuration.

D’autres erreurs qui favorisent la fissuration des joints

Un mortier-colle inadapté

En salle de bains, le choix de la colle est déterminant. Sur un support un peu sensible (ancien carrelage, placo, panneaux), une colle trop rigide ou basique peut mal encaisser les contraintes. On privilégie souvent un mortier-colle déformable (type C2S1/S2 selon les cas) quand le support ou le carrelage l’exige.

Des joints trop fins ou trop “tirés”

Un joint très fin est esthétique, mais il tolère moins les variations. De plus, si vous “tirez” trop le joint au nettoyage (éponge trop mouillée, passages trop appuyés), vous enlevez de la matière et fragilisez le joint en surface.

Carreler trop tôt sur un support humide

Chape, ragréage ou enduit doivent être secs. Sinon, vous emprisonnez l’humidité et favorisez des retraits, des pertes d’adhérence et des fissures. En rénovation, c’est fréquent après un dégât des eaux ou une réparation : on veut refermer vite, mais le support n’a pas eu le temps de stabiliser.

Que faire si vos joints sont déjà fissurés ?

Tout dépend de la cause. Refaire simplement le joint sans traiter l’origine peut tenir quelques semaines… puis refissurer.

Étape 1 : diagnostiquer

  • Fissure fine et localisée (angle, pourtour baignoire) : souvent un problème de joint de liaison rigide au lieu d’un mastic.
  • Fissures en ligne sur plusieurs carreaux : possible mouvement du support, plancher qui fléchit, ou fissure de chape.
  • Carreaux qui sonnent creux : défaut de collage ou support instable. Là, le joint n’est qu’un symptôme.

Étape 2 : réparer correctement

Pour une fissure dans un angle ou une jonction mur/sol :

  • retirer le joint ciment sur la zone (grattoir à joint, outil oscillant avec précaution),
  • laisser sécher si nécessaire,
  • appliquer un mastic sanitaire (sur support propre, dégraissé, sec),
  • lisser et respecter le temps de polymérisation avant remise en eau.

Pour un joint fissuré entre carreaux sur une grande longueur :

  • gratter le joint sur une profondeur suffisante (pas juste en surface),
  • aspirer soigneusement la poussière,
  • rejoindre avec un mortier joint adapté (souple si recommandé par le fabricant),
  • si les fissures reviennent : envisager la cause structurelle (support) et une reprise plus lourde.

Comment éviter que ça recommence : la check-list “anti-fissures”

  • Support stable : pas de carreaux qui sonnent creux, pas de plancher qui fléchit, pas de cloison fragile en zone de projection d’eau.
  • Traitement du support : primaire adapté, ragréage si nécessaire, renfort ou désolidarisation si support sensible.
  • Étanchéité en salle de bains : système de protection à l’eau sous carrelage (SPEC/SEL selon zones) dans les parties exposées.
  • Colle adaptée : mortier-colle performant et compatible avec support + format de carrelage.
  • Joints de mouvement : ne pas “bloquer” les angles et jonctions au joint ciment ; utiliser mastic ou profilés.
  • Respect des temps : séchage support, temps ouvert colle, délais avant jointoiement, délai avant remise en eau.

Le détail qui change tout dans une salle de bains

Un joint de carrelage qui fissure n’est pas seulement un problème esthétique. En salle de bains, c’est souvent la première alerte avant des infiltrations, des moisissures, ou un support qui se dégrade. La bonne approche consiste à regarder “derrière” le joint : support, mouvements, angles, étanchéité.

Si vous ne deviez retenir qu’une idée : un support qui bouge + un joint rigide = fissures assurées. Stabiliser, désolidariser quand il faut, et traiter correctement les zones de liaison, c’est ce qui transforme un carrelage “joli au début” en carrelage durable.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *