Cette erreur fréquente abîme tes volets en bois

Les volets en bois ont ce charme qu’aucun autre matériau ne reproduit tout à fait. Ils isolent bien, vieillissent avec une patine agréable… à condition d’être entretenus correctement. Et c’est là que beaucoup se font piéger : une erreur très courante accélère leur dégradation, parfois en quelques saisons seulement.
Cette erreur, c’est de les peindre (ou les lasurer) alors qu’ils ne sont pas parfaitement secs, ou de les refermer/plaquer contre la façade trop vite après application. Résultat : l’humidité reste prisonnière, le bois gonfle, la peinture cloque, et les champignons s’installent. On croit “protéger” le bois, on le fragilise.
Pourquoi cette erreur est si fréquente
Elle survient souvent au printemps ou au début de l’été, quand on se motive à refaire les volets “dès qu’il fait beau”. On les lave, on ponce un peu, on passe une couche… et on remet en place dans la foulée. Ou alors on applique une peinture épaisse sur un bois encore humide (après un nettoyage haute pression, une pluie récente, ou tout simplement une forte rosée nocturne).
Le problème, c’est que le bois n’est jamais “sec en surface” = “sec à cœur”. Et la peinture forme un film qui bloque les échanges : si l’humidité ne peut plus sortir, elle cherche un chemin… et décolle tout sur son passage.
Les trois situations typiques qui piègent le plus
- Après nettoyage au jet ou au nettoyeur haute pression : le bois se gorge d’eau, parfois dans les assemblages.
- Après une pluie fine ou une série de nuits humides : les volets semblent secs en journée, mais reboivent la nuit.
- Quand on peint les deux faces sans respecter les temps de séchage : le film se referme comme un “sandwich” et retient l’humidité.
Les dégâts concrets : ce que tu verras (et ce qui se passe réellement)
Au début, ce sont de petits signes faciles à minimiser. Puis, d’une année sur l’autre, la dégradation s’accélère.
Symptômes visibles
- Peinture qui cloque (bulles, boursouflures) surtout en bas des vantaux.
- Écaillage : la peinture se détache en plaques.
- Noircissement autour des nœuds, des moulures, des assemblages.
- Volets qui coincent : le bois gonfle, travaille, et frotte sur le tableau.
- Fentes et gerces : le bois gonfle puis sèche trop vite, il se fissure.
Ce qui se passe dans le bois
Quand l’humidité reste piégée sous une peinture, elle crée un environnement idéal pour :
- la pourriture (pourriture cubique ou fibreuse selon l’essence et l’exposition),
- les champignons de surface (taches noires, grisaillement),
- le décollement du film par pression de vapeur au soleil (effet “serre”).
Et le pire, c’est que le phénomène peut venir de l’intérieur : un volet exposé plein soleil chauffe vite. L’humidité interne se transforme en vapeur, pousse sur la peinture… et la fait sauter.
L’erreur n°2 qui aggrave tout : peindre uniquement une face
Autre piège très courant : on ne traite que la face extérieure “parce que c’est elle qui prend la pluie”. Sauf que le volet fonctionne comme une éponge qui échange en permanence avec l’air. Si une face est étanche (peinture filmogène) et l’autre plus perméable, le bois travaille de manière déséquilibrée.
Résultat : déformation, tuilage, fissures. Pour un volet, l’idéal est une protection cohérente sur les deux faces et surtout sur les chants (les bords), zones où l’eau pénètre le plus.
Comment éviter le piège : la méthode simple et fiable
1) Vérifier que le bois est réellement sec
La meilleure solution est un humidimètre pour bois (peu coûteux et réutilisable). Vise une humidité autour de 12 à 15% avant de peindre (encore mieux si tu es proche de 12%).
Sans outil, retiens une règle prudente :
- Après un nettoyage à l’eau : attendre au moins 48 à 72h de temps sec (plus si le volet est épais ou peu ventilé).
- Après une pluie récente : attendre 24 à 48h minimum.
2) Éviter le nettoyeur haute pression
Le Karcher sur des volets en bois, c’est rarement une bonne idée : ça ouvre les fibres, injecte de l’eau dans les assemblages, et fragilise les zones tendres. Préfère :
- une brosse nylon (pas métallique) + eau tiède,
- un savon doux (type Saint-Marc en léger dosage),
- un rinçage modéré,
- un séchage long à l’air.
3) Bien préparer : ponçage et dépoussiérage
Une peinture qui tient, c’est d’abord une bonne accroche :
- Poncer les zones écaillées jusqu’à revenir sur un support sain.
- Égrener le reste (grain 120 à 180) pour “matifier”.
- Dépoussiérer soigneusement (aspirateur + chiffon légèrement humide, puis laisser sécher).
4) Ne pas enfermer l’humidité : respecter les temps de séchage
Quand tu peins ou lasures :
- Respecte le temps entre couches indiqué (et ajoute une marge si la nuit est froide ou humide).
- Évite de refermer les volets contre la façade trop tôt : laisse-les ouverts pour ventiler.
- Ne peins pas en plein soleil brûlant : la surface “cuit” trop vite alors que dessous reste humide.
Peinture, lasure ou saturateur : que choisir pour des volets en bois ?
Le choix du produit compte, mais il ne rattrape jamais un bois humide.
Peinture (filmogène)
Très protectrice si elle est bien appliquée, mais plus sensible au cloquage si l’humidité est emprisonnée. Exige une préparation rigoureuse. Idéale si tu veux une couleur opaque et durable.
Lasure (microporeuse)
Elle laisse mieux respirer le bois que la peinture, tout en protégeant. Parfaite si tu veux voir le veinage. Attention : elle demande aussi un entretien régulier.
Saturateur (plutôt pour surfaces horizontales, mais possible sur certains volets)
Il pénètre le bois au lieu de former un film. Intéressant si tu veux limiter l’écaillage. En revanche, il protège moins des UV sur certaines expositions si le produit est bas de gamme.
Le point clé que beaucoup oublient : traiter les chants et le bas du volet
Si tu ne devais retenir qu’un geste “anti-dégâts”, c’est celui-là : protège les chants (les côtés, le haut et surtout le bas). Ce sont les zones qui :
- absorbent le plus d’eau par capillarité,
- subissent les ruissellements,
- déclenchent les premières cloques.
Astuce pratique : passe une couche soignée sur le bas (et l’angle bas côté extérieur), laisse sécher, puis fais le reste. C’est souvent là que tout commence.
Si tes volets sont déjà abîmés : quoi faire, sans tout remplacer
Si la peinture cloque et que le bois noircit, ne repeins pas par-dessus “pour faire propre”. Tu vas juste accélérer la casse. Procède plutôt ainsi :
- Gratter toutes les zones décollées jusqu’au bois sain.
- Laisser sécher longuement (plusieurs jours si besoin).
- Traiter si nécessaire avec un produit fongicide/insecticide adapté (surtout si bois tendre ou zones spongieuses).
- Reconstituer les parties très attaquées (mastic bois extérieur ou résine epoxy selon le cas).
- Appliquer une sous-couche adaptée au bois extérieur, puis 2 couches de finition.
À retenir
L’erreur la plus destructrice pour des volets en bois, ce n’est pas d’oublier une couche de peinture : c’est de peindre un bois qui n’est pas parfaitement sec (ou de l’empêcher de respirer trop vite). En prenant le temps de sécher, en évitant le nettoyeur haute pression et en traitant correctement les chants, tu prolonges facilement la vie de tes volets de plusieurs années.





